Des milliers de musulmans ont bravé samedi un froid polaire,
pour sillonner le centre-ville de Montréal dans le cadre d'une
manifestation pacifique réclamant une enquête publique sur
le décès d'un jeune Maroco-Canadien. Mohamed Anas Bennis,
24 ans, d'origine marocaine, a été mortellement atteint
par des balles tirées par un agent de la police de la ville de
Montréal, le 1er décembre dernier alors qu'il se rendait
chez lui après avoir accompli la prière d'Al Fajr.
Selon les policiers, le défunt détenait une arme blanche
qu'il a utilisée pour attaquer un policier lors d'une
intervention dans le quartier Côte-des-Neiges.
La famille soutient pour sa part qu'il n'était pas dans la
nature de leur fils d'avoir des gestes violents.
Répondant à l'appel de plusieurs associations musulmanes
(dont le Regroupement des Marocains du Canada et l'Association
BonAgir), les manifestants ont été rejoints par nombre de
personnalités politiques dont un ancien ministre
fédéral de l'immigration, Denis Coderre, et une dizaine
de députés en campagne en prévision des
élections fédérales du 23 janvier.
«Il est normal qu'on soutienne un père qui veut
connaître la vérité sur la fin tragique de son
fils», a déclaré aux médias l'ex ministre
Coderre, partageant ainsi la principale revendication de la famille du
défunt qui appelle à une enquête
indépendante sur ce qu'elle qualifie de «tragique
méprise».
Les rares déclarations faites depuis le drame par les milieux
policiers sont en effet confuses, sinon contradictoires. Selon la
version avancée à ce jour, de manière officieuse,
le policier auteur du drame aurait été sur les lieux avec
d'autres collègues dans le cadre d'une souricière
montée pour capturer une autre personne suspectée de
trafic de cartes de crédit.
Pour la famille Bennis, leur fils a été victime d'une
précipitation que seul un «délit de faciès
ou d'apparence explique», vu que le jeune Anas arborait une tenue
traditionnelle et sortait d'un lieu de prière.
L'enquête, demandée par la famille avec le soutien de la
communauté marocaine et nombre d'associations musulmanes,
devrait éclairer pourquoi le jeune Bennis a été la
cible du policier et si celui-ci a été, comme il le
prétend, agressé ou menacé par sa victime, ou s'il
a tout simplement fait erreur sur la personne recherchée.
«Nous demandons une enquête impartiale et
indépendante en ce qui a trait aux événements
entourant la mort de M. Bennis», lit-on dans l'appel des
manifestants.
Ces derniers réclament aussi que «la police de
Montréal soit sensibilisée sur l'Islam et la
communauté musulmane. Cet incident a crée une sorte de
crainte parmi la communauté et les propagandes islamophobes et
le profilage raciale ont joué un rôle dans cette
tragédie».
Aux dernières nouvelles dans l'entourage du procureur
général du Québec, une enquête sur les
circonstances du drame aurait été confiée à
la police de la capitale de la province, la ville de Québec.
Obligés de s'expliquer à la suite de cette manifestation,
largement couverte par les médias, des responsables de la police
de Montréal ont laissé entendre qu'ils comptent d'abord
faire leur propre enquête «comme il faut» avant
d'apporter les éclaircissements nécessaires à la
famille du défunt et au mouvement civil qui la soutient.
Pour les associations communautaires et la famille, «autoriser la
police à investiguer sur l'affaire sera inacceptable et ne
convaincra pas le public que justice sera faite».
Selon nombre de spécialistes, une enquête dans ce genre
d'affaires prend «généralement des semaines avant
que des conclusions ne soient présentées au procureur
général de la province pour décider de porter ou
non des accusations contre le ou les agents de la force publique
impliqués dans une mort d'homme».