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Suite au décès de son frère jumeau, Mohamed Anas Bennis Khadija Bennis veut connaître la vérité

Alexandra Viau
Source: Actualités Côte-des-Neiges - Notre-Dame-de-Grâce 5 avril 2007


Khadija Bennis n'allait jamais à la mosquée avant la mort de son frère jumeau. Mais le départ tragique de ce dernier a eu un impact sur sa spiritualité. Aujourd'hui, l'étudiante se rend souvent à la mosquée, un lieu qui lui fait du bien. « J'ai confiance en Dieu et en l'être humain. Mais ce n'est pas tout d'avoir confiance. Il faut mobiliser les gens. Ultimement, c'est une recherche de vérité que nous menons », raconte celle qui est loin d'avoir baissé les bras.

Pour rendre justice à son frère et faire tomber les secrets entourant sa mort, Khadija Bennis s'emploie depuis plus d'un an à sensibiliser la population à ce triste évènement. Les résidants de Côte-des-Neiges ont peut-être remarqué les affiches collées tout récemment dans le quartier par la coalition Justice pour Anas. Khadija Bennis est la porte-parole de ce groupe qui réclame l'accès immédiat à tous les rapports et toutes les preuves concernant la mort de Mohamed Anas Bennis. Les affiches blanches et noires posées par la coalition ont cependant été arrachées à peine quelques jours après leur apparition.

Zones d'ombre

« Le public n'est pas insensible à cette histoire. Il constate qu'elle est truffée d'incongruités », explique la soeur du disparu. Khadija Bennis demande aux autorités de lui donner l'occasion de faire son deuil en lui accordant l'accès à l'information. Selon la jeune femme, sa famille a laissé la justice faire son travail. Puis, le verdict est tombé : à la lumière du rapport d'enquête de la police de la Ville de Québec sur l'évènement, aucune poursuite n'a été entamée contre les policiers impliqués. Jacques Dupuis, alors ministre de la Sécurité publique, a refusé à la famille Bennis l'accès à ce rapport.

Khadija Bennis et ses proches n'ont donc pas pu voir de leurs propres yeux le couteau avec lequel le jeune Mohamed Anas Bennis aurait attaqué les policiers. Elle a du mal à croire que son frère se promenait avec pareille arme sur lui : « Ça ne colle pas avec son caractère. C'était quelqu'un de très conscient de son environnement, il faisait attention aux plantes et aux animaux. Jamais il n'a manifesté de haine envers la police ». Les autorités ont également refusé à la famille d'obtenir une copie d'une vidéo surveillance d'un édifice adjacent, qui aurait enregistré toute la scène.

Le chef de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, a expliqué au clan Bennis que le contenu de cette vidéo éclairait toute l'histoire. « Yves Francoeur lui-même n'a pas vu la vidéo! [...] On nous demande d'accepter la mort de mon frère, mais en même temps on nous cache des choses », déplore Khadija Bennis. Le rapport de l'autopsie est le seul document auquel les proches d'Anas ont eu accès. La feuille de papier montre que les projectiles qui ont atteint la victime venaient d'en haut. Ce rapport engendre beaucoup de questions dans la tête de Khadija Bennis : « Dans quelle position était mon frère quand le policier a tiré sur lui? Logiquement, inférieur à lui.»

Rendre le dialogue possible

Toute cette histoire a enlevé à Khadija Bennis sa confiance dans le système de justice. Mais la jeune femme demeure positive et mise ses espoirs sur le dialogue possible avec la population. Elle considère que « c'est dans la logique humaine d'être touché par cette histoire ». Depuis la tragédie, la famille Bennis a reçu le soutien de plusieurs organismes et de personnalités publiques, comme Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, et Amir Khadir, porte-parole de Québec solidaire.

Malgré tout, les proches de Khadija Bennis ne peuvent s'empêcher de penser que Mohamed Anas Bennis a été victime de profilage racial. Le jeune homme portait une barbe longue et des habits traditionnels religieux, au moment où il a été interpellé par les policiers. « Il faut faire l'effort de se connaître entre communautés, prône Khadija Bennis. Ce genre d'histoire peut arriver à n'importe qui. »

Même si elle a perdu un être cher, Khadija Bennis assure ne pas avoir de haine envers les policiers. Elle s'attriste cependant de constater que le dialogue semble impossible avec les autorités, qui leur « coupe l'herbe sous le pied ». Alors même que son frère jumeau, selon ses dires, détestait la confrontation, et prônait plutôt le dialogue lors de leurs disputes.

Khadija Bennis ne se fait pas un plaisir de porter cette histoire sur la place publique. « Mais je dois le faire, pour la mémoire de mon frère. J'aurais aimé que tout se passe dans les règles, mais ce ne fut pas le cas », soupire la jeune femme, prête à continuer son combat. Elle espère organiser une seconde manifestation très bientôt. [ A.V. ]