Homme abattu par la police: la famille réclame une
enquête
Plus de 16 mois après l'opération policière
qui s'est soldée par la mort d'Anas Mohammed Bennis, sa famille
et ses proches réclament une enquête publique et
indépendante pour en éclaircir les circonstances.
«Fatigués! Fatigués! On veut la
vérité», scandait une quarantaine de personnes
réunie hier devant le palais de justice de Montréal.
Depuis des semaines, les membres de la coalition Justice pour Anas
exhortent le ministère de la Sécurité publique
à rendre public le rapport d'enquête sur la mort de
Bennis, 25 ans, abattu le 1er décembre 2005, dans le quartier
Côte-des-Neiges, par un policier de Montréal. Encore
aujourd'hui, un épais brouillard enveloppe ces
événements.
Selon la version policière, Anas Bennis se serait rué
sans raison sur un agent posté rue Kent, dans le but de le
poignarder. Le policier participait à une rafle contre des
Montréalais accusés d'avoir détourné des
cartes de crédit, mais d'abord soupçonnés de
fabriquer de faux passeports à la solde du terrorisme
international. Le jeune Anas sortait d'une mosquée située
au bout de la rue. Après avoir été
poignardé, le policier aurait répliqué de deux
coups de feu.
Comme des agents de la Sûreté du Québec
étaient aussi sur les lieux, l'enquête avait
été transférée, par souci de transparence,
à la police de Québec.
Après vérification, il n'est pas possible de mettre la
main sur le rapport produit par les policiers de la Vieille Capitale et
ensuite remis au ministère de la Sécurité publique.
Au Ministère comme à la police de Québec, le
dossier est clos depuis novembre. «Il n'y a aucune matière
à porter une accusation criminelle à la suite du
décès de M. Bennis», a conclu à
l'époque le substitut du Procureur général
responsable du dossier.
Une porte-parole du Ministère a confirmé hier que la
famille s'est vu refuser l'accès au rapport policier en novembre.
En vertu de la Loi sur la recherche des causes et des circonstances des
décès, le Ministère peut refuser de remettre un
rapport s'il juge qu'il renferme des informations personnelles sur une
personne qui n'a pas à être mêlée au dossier.
Et il ne n'a pas le droit de remettre une partie d'un rapport : c'est
le document complet ou rien.
Les proches d'Anas Bennis veulent comprendre ce qui s'est passé
ce jour-là, peu importent les raisons. «Depuis le
début, on a été patients, mais on ne nous explique
rien. Je ne peux pas croire que mon frère a attaqué un
policier avec un couteau de cuisine», a soutenu Khadija Bennis,
soeur jumelle du défunt.
La douleur est toujours vive chez les proches, qui disent n'avoir
aujourd'hui qu'un laconique rapport de coroner à se mettre sous
la dent. Pourtant, selon Me Marie-Claude Gilbert, du bureau des
poursuites criminelles et pénales, qui relève depuis peu
du ministère de la Justice, la famille Bennis a pu rencontrer le
substitut du Procureur général chargé du dossier
afin de discuter de la preuve.
Khadija Bennis, qui qualifie néanmoins l'affaire de
«camouflage», songe maintenant à porter plainte
contre les policiers impliqués dans cette histoire.
«Bavure policière ou non, il y a injustice»,
a-t-elle résumé.
Le chef de Projet Montréal et conseiller municipal Richard
Bergeron a aussi plaidé auprès du comité
exécutif de la Ville pour rendre le rapport public. «Je
pense qu'il y a forcément anguille sous roche. Je vais faire en
sorte que l'administration municipale ne s'en lave pas les
mains», a promis M. Bergeron.
Comme plusieurs, il croit possible qu'Anas Bennis, vêtu de
vêtements traditionnels religieux le jour de l'incident, ait pu
être victime de son aspect.