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Homme abattu par la police: la famille réclame une enquête

Plus de 16 mois après l'opération policière qui s'est soldée par la mort d'Anas Mohammed Bennis, sa famille et ses proches réclament une enquête publique et indépendante pour en éclaircir les circonstances.

by Hugo Meunier
Source: La Presse 12 avril 2007

«Fatigués! Fatigués! On veut la vérité», scandait une quarantaine de personnes réunie hier devant le palais de justice de Montréal.

Depuis des semaines, les membres de la coalition Justice pour Anas exhortent le ministère de la Sécurité publique à rendre public le rapport d'enquête sur la mort de Bennis, 25 ans, abattu le 1er décembre 2005, dans le quartier Côte-des-Neiges, par un policier de Montréal. Encore aujourd'hui, un épais brouillard enveloppe ces événements.

Selon la version policière, Anas Bennis se serait rué sans raison sur un agent posté rue Kent, dans le but de le poignarder. Le policier participait à une rafle contre des Montréalais accusés d'avoir détourné des cartes de crédit, mais d'abord soupçonnés de fabriquer de faux passeports à la solde du terrorisme international. Le jeune Anas sortait d'une mosquée située au bout de la rue. Après avoir été poignardé, le policier aurait répliqué de deux coups de feu.

Comme des agents de la Sûreté du Québec étaient aussi sur les lieux, l'enquête avait été transférée, par souci de transparence, à la police de Québec.

Après vérification, il n'est pas possible de mettre la main sur le rapport produit par les policiers de la Vieille Capitale et ensuite remis au ministère de la Sécurité publique.

Au Ministère comme à la police de Québec, le dossier est clos depuis novembre. «Il n'y a aucune matière à porter une accusation criminelle à la suite du décès de M. Bennis», a conclu à l'époque le substitut du Procureur général responsable du dossier.

Une porte-parole du Ministère a confirmé hier que la famille s'est vu refuser l'accès au rapport policier en novembre.

En vertu de la Loi sur la recherche des causes et des circonstances des décès, le Ministère peut refuser de remettre un rapport s'il juge qu'il renferme des informations personnelles sur une personne qui n'a pas à être mêlée au dossier. Et il ne n'a pas le droit de remettre une partie d'un rapport : c'est le document complet ou rien.

Les proches d'Anas Bennis veulent comprendre ce qui s'est passé ce jour-là, peu importent les raisons. «Depuis le début, on a été patients, mais on ne nous explique rien. Je ne peux pas croire que mon frère a attaqué un policier avec un couteau de cuisine», a soutenu Khadija Bennis, soeur jumelle du défunt.

La douleur est toujours vive chez les proches, qui disent n'avoir aujourd'hui qu'un laconique rapport de coroner à se mettre sous la dent. Pourtant, selon Me Marie-Claude Gilbert, du bureau des poursuites criminelles et pénales, qui relève depuis peu du ministère de la Justice, la famille Bennis a pu rencontrer le substitut du Procureur général chargé du dossier afin de discuter de la preuve.

Khadija Bennis, qui qualifie néanmoins l'affaire de «camouflage», songe maintenant à porter plainte contre les policiers impliqués dans cette histoire. «Bavure policière ou non, il y a injustice», a-t-elle résumé.

Le chef de Projet Montréal et conseiller municipal Richard Bergeron a aussi plaidé auprès du comité exécutif de la Ville pour rendre le rapport public. «Je pense qu'il y a forcément anguille sous roche. Je vais faire en sorte que l'administration municipale ne s'en lave pas les mains», a promis M. Bergeron.

Comme plusieurs, il croit possible qu'Anas Bennis, vêtu de vêtements traditionnels religieux le jour de l'incident, ait pu être victime de son aspect.