Le coroner en chef ordonne une
enquête sur la mort d'un musulman en 2005
MONTREAL - Le coroner en chef du Québec a ordonné mardi
la tenue d'une enquête publique sur la mort d'un musulman,
tombé sous les balles de la police de Montréal, il y a
plus de deux ans.
Des groupes communautaires réclamaient depuis longtemps que la
lumière soit faite sur la mort de Mohammed Anas Bennis.
M. Bennis avait été atteint de deux balles par un
policier du Service de police de la ville de Montréal en
décembre 2005, lors d'un assaut dans une mosquée.
L'opération était dirigée par la
Sûreté du Québec dans une affaire de fraude.
Le musulman âgé de 25 ans ne figurait pas comme suspect
dans l'enquête et la police soutenait alors qu'il avait
poignardé un agent dans le cou et dans les jambes pour aucun
motif apparent.
Aucun policier n'a été accusé, et le
ministère de la Sécurité publique a toujours
refusé de rendre public le rapport de police.
"La version officielle n'a jamais été claire et a
soulevé bon nombre de questions concernant le nombre de balles
et l'angle de tirs", a souligné la soeur de la victime.
Najlaa Bennis a confié que la famille était confiante
d'obtenir finalement des réponses à ses nombreuses
questions. La famille a laissé entendre par le passé
qu'il pourrait s'agir d'un cas de profilage racial.
Un avocat de la famille, Alain Arsenault, a dit croire que le
gouvernement serait obligé de déposer le rapport lors de
l'enquête.
"Dans des circonstances ambiguës, il faut faire une analyse de ce
qui s'est passé, a argué Me Arsenault. Ils disent que
c'est un cas de légitime défense. Je n'ai pas de
problème avec ça, mais peuvent-ils le prouver?"
Un porte-parole du ministère de la Sécurité
publique a assuré que Québec coopérerait avec les
enquêteurs, mais a refusé de dire si le rapport de police
serait rendu public.
Un procureur de la Couronne de Rimouski avait pris la décision
de ne pas porter d'accusation, se référant à une
enquête de la Sûreté du Québec. Le rapport de
police n'a jamais été remis à la famille car,
selon le gouvernement, il contient des informations confidentielles.
La seule information publique sur la mort de M. Bennis vient d'un
rapport du coroner en 2006, reprenant la version officielle selon
laquelle la victime a poignardé un agent pour aucune raison
apparente.
Najlaa Bennis a soutenu que son frère n'aurait jamais commis un
tel geste de violence.
L'enquête doit s'ouvrir en septembre.