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Une enquête publique a été ouverte, mercredi au palais de justice de Laval, sur le décès de Mohamed Anas Bennis, survenu le 1er décembre 2005 dans le quartier Côte-des-Neiges, à Montréal, après avoir reçu deux coups de feu du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Au moment des faits, deux policiers du SPVM, Jonathan Roy et Yannick Bernier, se rendaient à pied sur le lieu d’une opération lorsqu’ils ont croisé M. Bennis.
Dans son témoignage livré mercredi après-midi, l’agent Bernier a raconté ne pas avoir eu le temps de réagir lorsque l’individu qui se trouvait à un mètre de lui a sorti un couteau et lui a mis sous la gorge. Une lutte a suivi et les deux hommes se seraient retrouvés au sol.
L’agent Bernier a affirmé avoir tiré à deux reprises après avoir demandé à l’homme de «lâcher» son couteau. «Je me souviens avoir pris le temps d’analyser la scène et d’avoir constaté que je ne pouvais rien faire d’autre pour me protéger», a-t-il indiqué dans son témoignage.
L’agent Abderazak Bouhenniba, qui attendait les deux patrouilleurs à quelques mètres de là, a précisé qu’il avait entendu le suspect crier «Dieu est grand» en arabe, en brandissant son poing en l’air avant de frapper l’agent Bernier. «J’ai su qu’il se passait quelque chose et j’ai tout de suite appelé des renforts avant de me précipiter aider Yannick», a affirmé M. Bouhenniba.
Des témoignages confondants
Trois témoins visuels de la scène ont été entendus mercredi, dont Daniel Doiron, qui se rendait sur son lieu de travail au moment des faits. Il a raconté avoir vu M. Bennis plaquer le policier au sol avant de le frapper au visage «comme un enragé» avec une arme blanche. Selon ce même témoin, M. Bennis n’aurait pas obtempéré à l’ordre de s’arrêter et le policier aurait alors ouvert le feu.
Les deux autres témoins, deux dames, n’ont pas remarqué que le suspect était armé d’un couteau. L’agent Bouhenniba a lui aussi indiqué qu’il n’avait pas remarqué le couteau avant d’être à leur hauteur.
Ne pas chercher de coupable
Dans son allocution d’ouverture, la coroner Catherine Rudel-Tessier a précisé qu’elle ne laisserait «personne chercher des coupables», et que son enquête a pour but d’éclairer les points obscurs et de déterminer si la mort d’un homme aurait pu être évitée.
Ces affirmations ont semblé déplaire à la Coalition Justice pour Anas. La Coalition s’est vue refuser le droit de participer à cette enquête à titre de partie intéressée, mais elle pourra s’adresser au coroner lors des représentations à la fin de l’enquête.
«Nous avons plus d’une centaine de questions que nous aurions aimé poser aux policiers impliqués et aux enquêteurs», a indiqué un des porte-parole, François Du Canal.
«La justice québécoise est prise en otage par l’organisation policière, s’est contenté de dire le père de la victime, Mohamed Bennis. Il est impossible qu’un citoyen obtienne gain de cause lorsque des policiers sont impliqués.»
La Coalition représente aussi le père de la victime, qui a préféré attendre à l’extérieur de la salle d’audience, bien qu’il soit venu spécialement du Maroc.
Le Service de police de la Ville de Québec, qui a mené l’enquête à l’époque, a conclu qu’aucun blâme ne pouvait être retenu contre les agents.