AFFAIRE
ANAS, 2 ans et demi plus tard: Enfin une enquête publique!
Collectif Opposé
èa la Brutalité Policière Août 2008
Le 3 juin 2008,
un bref communiqué du Ministère de la
Sécurité Publique du Québec annonçait que
la coroner en chef Louise Nolet avait ordonné la tenue d'une
enquête publique
sur la mort de Mohamed Anas Bennis. D'après ce
communiqué, cette enquête
publique confiée à la coroner Catherine Rudel-Tessier
« permettra de faire
toute la lumière sur les circonstances du décès et
de formuler, s'il y a lieu,
des recommandations pour une meilleure protection de la vie
humaine »(1).
Cette annonce a été saluée comme une victoire par
la famille d'Anas et ses
alliéEs, qui exigent cette enquête publique depuis plus de
deux ans et demi.
Ce communiqué du
Collectif Opposé à la Brutalité Policière
(COBP) contient un retour sur la
lutte menée par la famille et leurs alliéEs pour obtenir
la vérité et la
justice, des révélations sur certaines questions que nous
nous posons depuis
longtemps ainsi que de nouvelles questions auxquelles cette
enquête publique,
prévue pour le mois de septembre, devra répondre... Nous
y veillerons de près!
Historique de
la lutte: de la bavure à l'annonce de l'enquête publique
Rappelons que le
matin du 1er décembre 2005, Mohamed Anas Bennis, un Canadien
d'origine
marocaine âgé de 25 ans, a été abattu de
deux balles tirées par l'agent Yannick
Bernier du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM)
près du coin des
rues Kent et Côte-des-Neiges. L'agent Jonathan Roy, le partenaire
de Bernier,
aurait aussi dégainé, mais n'aurait pas tiré. Le
jour même, la police affirmait
qu'Anas aurait attaqué les policiers avec un couteau de cuisine
« sans
aucun motif connu » et que ceux-ci l'auraient ensuite abattu
en
« légitime défense ». Suivant la
politique ministérielle, une enquête
sur la mort d'Anas a été confiée à un autre
corps de police que le SPVM, soit
le Service de Police de la Ville de Québec (SPVQ), parce que la
Sûreté du
Québec (SQ) était présente lors du drame.
Dès le début,
les proches d'Anas ont dit qu'ils le connaissaient comme un jeune
paisible qui n'avait jamais eu de
problèmes avec la
police et qu'ils ne croyaient pas qu'il ait pu attaquer un policier
sans
raison. Ils ont aussi remis en question le fait qu'Anas aurait eu un
couteau de
cuisine sur lui alors qu'il venait de faire sa prière du matin
à la mosquée.
Ils ont avancé l'hypothèse qu'Anas aurait
été victime d'un « délit de
faciès » ou de profilage racial parce qu'il portait
la barbe et des
vêtements traditionnels musulmans. En effet, des médias
ont rapporté que des
policiers de la SQ menaient une opération soi-disant liée
au « terrorisme
international » juste à côté de la
mosquée.(2)
Des
organisations de la communauté musulmane, de même que des
groupes comme Atlas
Média et le COBP se sont très vite joints à la
famille pour exiger aux
autorités des réponses aux nombreuses questions entourant
ce cas de bavure
policière. Le 7 janvier 2006, plusieurs milliers de personnes,
en particulier
des musulmanEs et plusieurs militantEs concernéEs, ont
participé à une
manifestation organisée par la famille et leurs alliéEs.
Le principal slogan
crié par la foule était « Justice et
dignité, on veut la vérité! »,
mais certaines personnes de la communauté criaient aussi « Policiers assassins! »
Le père
d'Anas et les porte-paroles de plusieurs groupes ont appelé les
gens à faire
confiance au système et à attendre les conclusions de
l'enquête du SPVQ avant
de tirer des conclusions.(3)
Le 15 mars 2006,
plusieurs centaines de personnes ont participé à la
manifestation organisée par
le COBP pour la dixième Journée Internationale Contre la
Brutalité Policière
(JICBP), durant laquelle nous avons exprimé notre
solidarité envers les proches
d'Anas et des nombreuses autres victimes de bavures policières
ici et
ailleurs.(4)
Ce n'est que le
4 novembre 2006, soit plus de onze mois après sa mort, que la
décision du
procureur James Rondeau de Rimouski a été rendue suite
à l'enquête du SPVQ:
aucune accusation ne serait déposée contre les agents du
SPVM impliqués, car
malgré la mort par balles d'Anas, Rondeau a jugé qu'ils
n'avaient commis aucune
infraction criminelle.
Le 1er
décembre 2006, soit un an après la mort d'Anas, une
vingtaine de personnes ont
participé à une vigile organisée par le COBP au
coin des rues Kent et
Côte-des-Neiges pour dénoncer l'impunité
accordée aux policiers dans ce cas
comme dans de trop nombreux autres. Le père d'Anas, M. Mohamed
Bennis, a pris
la parole et a remercié les gens présents malgré
la pluie verglassante et la
température glaciale. Le même soir, plusieurs dizaines de
personnes ont assisté
à un show hip-hop organisé par le COBP dans un centre
communautaire du quartier
afin de dénoncer le profilage racial. Le lendemain
à midi, plusieurs dizaines de personnes de la
communauté et des militantEs se sont aussi joints à la
famille pour une vigile
au même endroit pour exiger une enquête publique.(5)
Le 15 mars 2007,
plus de 500 personnes ont pris part à la manifestation pour la
onzième JICBP
organisée par le COBP dans le quartier Côte-des-Neiges
pour dénoncer la
brutalité policière et le profilage racial
pratiqué en particulier par les
policiers du Poste de Quartier 25 et l'impunité dont
bénéficient les agents
Bernier et Roy, aussi du Poste 25. La soeur jumelle d'Anas, Khadija
Bennis, a
pris la parole au début du rassemblement pour exiger une fois de
plus toute la
vérité sur les circonstances entourant la mort de son
frère. L'un des slogans
scandé durant cette manif était
« Assassiné par la police, Pas de paix
sans Justice! ». La marche est passée par le coin de
rues où Anas a été
tué.(6)
C'est après les
vigiles du 1er et 2 décembre 2006 que la famille
Bennis et des
militantEs du COBP et d'autres groupes se sont réunis pour
mettre
officiellement sur pied la Coalition Justice pour Anas autour des
revendications suivantes: 1) L'accès immédiat à
tous les rapports, preuves et
informations concernant la mort de Mohamed Anas Bennis pour la famille
Bennis
et le public; 2) Une enquête publique et indépendante
complète sur la mort de
Mohamed Anas Bennis; 3) La fin de l'impunité et de la
brutalité policière. Une
trentaine d'organisations de la communauté musulmane, de groupes
communautaires
du quartier et d'ailleurs, de partis politiques, d'organisations de
défense de
droits, de groupes étudiants et de groupes militants ont
endossé ces revendications.(7)
Durant l'année
2007, la Coalition a entre autres mis sur pied un site internet et
entrepris
une campagne d'affichage, organisé une assemblée publique
le 21 mars à CDN pour
faire connaître le cas d'Anas et faire des liens avec des groupes
qui luttent
contre la brutalité policière et le profilage racial dans
le quartier et
ailleurs, été poser des questions à la Commission
de Sécurité Publique de la
Ville de Montréal en mai, envoyé des lettres au Ministre
de la Sécurité
Publique du Québec Jacques Dupuis (qui a depuis
été nommé en plus Ministre de
la Justice), organisé deux vigiles le 11 avril et le 18 juin au
Palais de
Justice de Montréal qui abrite les bureaux du ministre Dupuis et
organisé une
conférence de presse en juillet avec des médecins de CDN
pour demander une
enquête publique. Khadija Bennis a aussi parlé lors d'un
forum intitulé
« Racisme, Islamophobie et 'Sécurité
nationale' » à l'UQAM le 26 mai
En été 2007, une
lettre ouverte écrite par Khadija Bennis a été
publiée dans le Devoir et la Gazette.(8)
Le 27 juillet, le journaliste de The Gazette Henri Aubin a
publié un
article dans lequel il affirme que Khadija « rend service au
public en
refusant de laisser ce cas tomber dans l'oubli, comme c'est
arrivé à de si
nombreux cas semblables au cours des années. » Aubin
dit aussi que
« le secret systémique entourant les morts
liées à la police n'a pas sa
place dans une démocratie moderne » et ce pour trois
raisons: 1) c'est
complètement irrespecueux et insensible face aux proches des
victimes; 2) ça permet
aux autorités de blanchir les policiers sans aucune explication,
ce qui ne peut
que nuire à la confiance du public dans la police; 3) si Anas
avait survécu, il
aurait été accusé et aurait eu droit à un
procès public dans lequel les
policiers seraient venus témoigner et Anas aurait pu donner sa
version des
faits. Aubin continue: « Si vous êtes un flic et que
vous blessez
quelqu'un sans raison, vous pourriez vous dire que vous avez avantage
à finir
la job. Tuer le gars permettrait d'éviter que l'histoire ne
devienne publique
et ne ruine votre carrière. » Pour Aubin, cela
pourrait expliquer une
tendance inquiétante dans les fusillades policières:
« La propension de la
police à tirer de nombreuses balles sur des gens alors qu'une
seule balle pourrait
faire la job (à savoir, d'arrêter la menace quelconque
qu'une personne peut
poser). »(9) Le lendemain,
The Gazette reprenait dans un éditorial
la demande d'une enquête publique et affirmait que
« ce secret devrait
être vu comme offensant et alarmant non seulement pour ceux qui
connaissaient
Mohamed Anas Bennis, mais pour tout le monde au
Québec. »(10)
Le Conseil
Communautaire de Côte-des-Neiges, un regroupement d'organismes
communautaires
du quartier, a aussi envoyé une lettre au ministre Dupuis
soutenant les deux
premières revendications de la Coalition Justice pour Anas,
à savoir l'accès à
toute l'information et la tenue d'une enquête publique sur la
mort d'Anas. De
son côté, le chef du parti municipal Projet Montréal,
Richard Bergeron,
a écrit une lettre au président de la Commission de
Sécurité Publique de
Montréal, Claude Dauphin, pour lui demander d'intervenir afin
que la famille
obtienne des réponses à leurs questions.(11) Dauphin a par la suite envoyé une
lettre au ministre Dupuis pour demander des réponses.
Même un
porte-parole du SPVM, Ian Laffrénière, a
déclaré aux médias en référance
à
l'Affaire Anas que « Dans certains cas, ce serait dans notre
avantage de
pouvoir [rendre publique] notre version des événements,
mais à cause de
questions de transparence et d'équité, la loi dit que
nous ne pouvons pas dire
ce qui s'est passé ».(12)
Malgré tout
cela, la Ville de Montréal et le SPVQ se lancaient la balle et
ne fournissaient
aucune réponse. Quant au ministre Dupuis, il n'a jamais
répondu aux nombreuses
questions et demandes d'enquête publique. Mais la lutte
continuait...
Le 14 mars 2008,
lors d'une conférence de presse organisée par le COBP
dans le cadre de la
douzième JICBP, le père d'Anas a exigé une fois de
plus toute la vérité sur les
circonstances entourant la mort de son fils. Le lendemain, près
de 900
personnes ont participé à la manifestation annuelle du 15
mars pour dénoncer
entre autres les bavures et l'impunité.(13)
Le 15 mai 2008,
la Coalition Justice pour Anas organisait une conférence de
presse à laquelle
ont participé une des soeurs d'Anas, Najlaa Bennis, l'avocat de
la famille Me
Alain Arsenault, M. Azdine Hmimssa de l'Association Bélagir et
Mme Samira
Laouni, candidate du NPD dans le compté de Bourassa. Cette fois,
en plus
d'exiger encore une fois une enquête publique, la famille
annonçait son
intention d'entamer une poursuite au civil.(14)
Deux semaines
plus tard, la coroner en chef, Louise Nolet, s'est
réveillée après deux ans et
demi d'hibernation et de surdité face aux nombreux appels pour
des enquêtes
publiques et a finalement ordonné la tenue d'une telle
enquête! La famille et
la Coalition Justice pour Anas ont salué cette annonce comme une
victoire, bien
que la lutte n'est pas terminée. En effet, il reste à
s'assurer que l'enquête sera
non seulement publique, mais qu'elle répondra vraiment à
toutes les questions
relatives à la mort d'Anas. On s'attend à ce que
l'enquête ait lieu en
septembre 2008.
Combien
d'instances ça prend pour bien blanchir les policiers?
Du côté des
autorités, le SPVM, qui se dit généralement
« satisfait » qu'aucune
accusation ne soit déposée contre des policiers qui ont
tué des gens, a refusé
de commenter l'annonce d'une enquête publique. Par contre, la
Fraternité des
Policiers et Policières de Montréal (FPPM), le syndicat
des policiers qui les
défend en particulier quand ceux-ci brutalisent et tuent des
gens, s'est dite
« furieuse » de cette décision. Le
président de la Fraternité, Yves
Francoeur, a dit que le SPVQ, un procureur de la Couronne et le
Commissaire à
la Déontologie Policière ont tous les trois conclu que
les agents Bernier et
Roy avaient agi « correctement ». Il a
déclaré aux médias: « Ça
n'a carrément pas de bon sens.
C'est une décision déplorable de la coroner en
chef. Ça va prendre combien d'instances pour blanchir nos
policiers? Notre
policier n'était pas un agresseur, c'était une
victime. »(15) Francoeur
a aussi dit: « C'est un acharnement pur et simple. On va
gaspiller des
fonds publics pour une histoire claire. »(16)
Non seulement le
chef du syndicat des policiers semble penser que le seul but des
instances est
de blanchir les policiers, mais en plus il voudrait qu'on voit le monde
à
l'envers en prenant le policier assassin pour la victime et la victime
pour un
« agresseur »! Ce n'est pas surprenant venant
d'une organisation qui
défend systématiquement les policiers brutaux et
assassins, qui salit sans
aucun scrupule les victimes de bavures policières ainsi que
toute personne qui
exige la justice et la vérité, et qui en plus se plaint
constamment que les
policiers n'ont pas assez de pouvoirs alors qu'ils
bénéficient d'une impunité
quasi totale.(17) D'ailleurs, si
les policiers n'ont rien à se reprocher, on se
demande pourquoi la Fraternité s'acharne autant à nous
cacher la vérité? En
effet, on se rappelle très bien qu'elle a fait censurer un texte
du COBP sur 40
personnes tuées par la police de Montréal en 20 ans,
publié sur le Centre des
Médias Alternatifs du Québec (CMAQ), sous prétexte
que ce texte serait
hautement diffamatoire envers les policiers assassins.(18)
Bien que
l'enquête menée par le SPVQ se soit soldée par la
décision du procureur Rondeau
de ne porter aucune accusation contre les policiers, cette
enquête était menée
en secret et s'apparente plus à un
« cover-up » qu'à une véritable
rechercher de la vérité. Quant à la plainte en
Déontologie Policière déposée
par la famille d'Anas, s'il est vrai qu'elle a aussi été
rejetée par le
Commissaire Claude Simard dans une décision datée du 21
avril 2008, ça ne veut
pas dire que les policiers n'ont rien à se reprocher. Il est
intéressant de la
lire et de l'analyser pour s'en faire sa propre idée et voir que
cette histoire
n'est vraiment pas aussi claire que certains voudraient nous faire
croire! Sa
lecture nous en apprend pas mal sur ce qui s'est passé le 1er
décembre 2005 et sur l'enquête qui s'en est suivie. En
effet, la décision du
Commissaire Simard résume et cite même des extraits des
rapports de Bernier et
de ses collègues du SPVM, de même que les
déclarations de trois témoins civils
du drame, et fourni beaucoup d'information sur l'enquête
secrète du SPVQ.(19)
La plainte en
déontologie et ce qu'elle nous apprend
La plainte,
déposée le 16 octobre 2006 par M. Mohamed Bennis, le
père d'Anas, reprochait à
l'agent Yannick Bernier (matricule 5311) et à son
collègue Jonathan Roy
(matricule 5832) « d'avoir utilisé une arme à
feu sans prudence ni
discernement ». Elle visait aussi le responsable de
l'enquête menée par le
SPVQ, que le Commissaire a identifié comme étant le
sergent-détective Yves Pelletier
du SPVQ (matricule 2391), pour « ne pas avoir
respecté l'autorité de la
loi et collaboré à l'administration de la
justice ».
Le Commissaire
Simard semble complètement partial en faveur des policiers.
À preuve, il
retient sans la questionner la version de Bernier et Roy selon laquelle
Anas
aurait attaqué Bernier avec un couteau de cuisine sans raison et
il parle lui
aussi d'Anas comme étant « l'agresseur »,
alors que c'est bien lui
qui est mort dans cette histoire et qu'il n'est donc plus là
pour donner sa
version des faits et contredire les policiers. Pourtant, les trois
policiers
cités ont agi comme des gens qui ont quelque chose à se
reprocher: ils se sont
prévalus de l'article 192 de la Loi sur la police et ont
refusé de rencontrer
le Commissaire.
Premièrement,
Simard résume et cite le rapport de Bernier sur l'altercation
avec Anas:
« un homme marche sur le trottoir dans leur direction,
croise le premier
policier et se rapproche graduellement de l'intimé Bernier en le
regardant.
Arrivé à une distance approximative de trois ou quatre
pieds, il retire ses
mains de ses poches, en sort de la main gauche un couteau, et en
braquant ce
bras armé, s'élance sur l'agent Bernier qui décrit
ainsi l'agression: ''Puis,
il fonce vers moi en donnant un coup de sa main gauche toujours
armée du
couteau, vers mon cou. En fonçant sur moi, il passe à ma
gauche pour aller
derrière moi tout en gardant sa main gauche sous mon menton en
essayant de me
trancher la gorge. Il fait tout cela de façon très
rapide. J'ai peur qu'il me
tue en me coupant la gorge! Je me retourne rapidement et je me bat
contre lui
pour survivre''. »
Le Commissaire
continue: « Il (Bernier) lui crie plusieurs fois de le
lâcher et dans leur
lutte, ils tombent sur le dos. Il ressent ses blessures au cou et
à la jambe et
ne peut se relever rapidement, malgré l'urgence pour sa propre
sécurité.
L'agresseur, à moins de cinq pieds de lui, s'est retourné
sur le ventre. Son
collègue est maintenant accouru près de lui. Ne pouvant
se déplacer, il dégaine
son arme de service, la pointe en direction de l'agresseur et surveille
sa
réaction. Il tient toujours à la main son couteau,
malgré les cris répétés des
deux intimés lui ordonnant de le laisser tomber. Loin
d'obtempérer, l'agresseur
se dresse le corps à demi, en fixant du regard le policier au
sol, et amorce un
mouvement que ce policier au sol interprète comme étant
la charge finale pour
''l'achever''. Vu sa position précaire et croyant sa vie
menacée, il fait feu:
''... je n'ai aucune autre action possible pour sauver ma vie, je
tire une
balle dans le centre de la masse. Je le regarde, il se dirige toujours
vers moi
et constitue toujours une menace: je tire une autre balle. Les deux
coups de
feu se font en moins d'une seconde d'intervalle. Je vois qu'il
s'effondre au
sol. Je me relève difficilement debout avec ma jambe gauche". »
Le Commissaire
se demande ensuite si « pendant les instants où
l'altercation s'est
poursuivie au sol, l'intimé Roy aurait pu employer des moyens
coercitifs
intermédiaires pour maîtriser l'individu. » Roy
serait revenu en pointant
son revolver sur Anas et en lui criant de lâcher son soi-disant
couteau et de
ne plus bouger. Un témoin civil aurait aussi vu Roy tenter de
repousser Anas
avec son pied. Selon le Commissaire Simard, « vu sa position
moins
vulnérable, il est plausible que l'intimé Roy n'ait pas
perçu, comme l'intimé
Bernier, l'imminence de l'assaut final, persistant à lui
ordonner de lâcher son
couteau. » Il rappelle la procédure prévue par
les corps policier pour
l'usage d'armes à feu: « Celle-ci prévoit
qu'un policier peut dégainer son
arme de service en situation de danger. Il ne doit faire feu qu'en
dernier
recours, lorsqu'il a des raisons de croire que sa vie ou celle d'une
autre
personne est en danger, tenant compte de la présence possible de
tierces
personnes et du milieu environnant. »
Le Commissaire
Simard conclut que « vu, dans le cas présent, la
soudaineté de
l'agression, sa rapidité d'exécution, la
détermination de l'agresseur et la
vulnérabilité du policier blessé, celui-ci pouvait
avoir de bonnes raisons de
croire que sa vie était en danger lorsqu'il a perçu le
geste ultime de
l'agresseur en sa direction. » Il affirme donc que
« tenant compte
des faits révélés par l'enquête, le
Commissaire ne peut conclure à une preuve
prépondérante de l'acte dérogatoire
allégué, soit que l'intimé Bernier, en
faisant feu, et l'intimé Roy, en dégainant, aient fait
usage de leur arme de
service de manière imprudente ou sans discernement. »
Il blanchit donc les
policiers et condamne le mort!
Présomption
d'innocence des policiers et de culpabilité de leur victime...
Pour ce qui est
du sergent-détective Yves Pelletier, responsable de
l'enquête du SPVQ, la
famille reproche notamment aux policiers d'avoir déclaré
à la famille et aux
médias dès le 1er décembre 2005 que le
policier avait agi en
légitime défense, démontrant ainsi qu'ils
étaient biaisés dès le début. Le
Commissaire Simard dit que Pelletier lui-même n'a pas
déclaré cela et que
« les faits connus, notamment l'enquête
étoffée qu'il a menée, ne
permettent pas de conclure que l'intimé ait fait preuve de
partialité et tiré
ses conclusions avant d'effectuer celle-ci. » Le Commissaire
« dispose » (ou plutôt évacue) ainsi
de chacune des questions et
reproches dans la plainte portant sur le travail d'enquête du
SPVQ.
Le fameux
couteau de cuisine même pas analysé!
L'une de ces
principales question est: pourquoi les policiers n'ont fait aucune
expertise
sur le fameux couteau de cuisine afin établir l'identité
des empruntes et du
sang soi-disant retrouvé dessus? D'après les policiers,
l'agent Abderazak
Bouhenniba du SPVM aurait vu la scène et entendu Anas crier
« Dieu est
grand » en arabe en « fonçant »
sur un des policiers (bien que
Bernier ne se rappelle pas de ces paroles). L'agent Bouhenniba
prétend qu'il a
trouvé le couteau par terre juste devant Anas, qu'il l'a
éloigné du pied, puis
ramassé et mis dans un sac. Il l'a amené dans son
autopatrouille avec l'agent
Croteau qui aurait aussi vu le couteau par terre. Ils l'ont ensuite
remis au sergent
Lessard du SPVM, qui l'a confié « quelques heures
plus tard » à
l'agent Michel Côté du SPVQ. D'après le
Commissaire, « le
lieutenant-détective Bélanger du SPVQ expliquera à
l'enquêteur du Commissaire
qu'il ne leur a pas semblé nécessaire d'en obtenir une
expertise, vu les
circonstances, soit la présence de témoins ayant vu
l'agresseur avec son arme,
alors que personne d'autre ne l'accompagnait lorsqu'il a posé ce
geste. »
Bref, à part les témoignages des policiers rien ne prouve
que le couteau ait
été entre les mains d'Anas ni que Bernier en a
reçu des coups, car aucune
expertise n'a été faite pour établir
l'identité des empruntes et du sang!
L'enquête du
SPVQ ou le cover-up de la bavure
Le
sergent-détective Pelletier du SPVQ a soumis son rapport de 33
pages le 6 mars
2006 au procureur Rondeau qui décida de ne déposer aucune
accusation contre les
policiers. Les autorités ont toujours refusé et
continuent de refuser de
remettre une copie de ce rapport à la famille Bennis. Le
Commissaire Simard
nous en offre un apperçu dans sa décision.
Pelletier et
douze de ses collègues ont participé à cette
enquête. Les enquêteurs du SPVQ
n'ont rencontré ni Bernier (qui n'était « pas
en état de recevoir un
enquêteur du SPVQ »...) ni Roy. Le rapport de Bernier
qui a été remis à
Pelletier est daté du 6 février, soit plus de deux mois
après les faits! Quant
à celui de Roy, il est daté du 12 décembre 2005.
D'après le Commissaire Simard,
Pelletier résume dans son rapport tous les rapports qui lui ont
été remis, soit
« ceux des agents qui procédaient à la
perquisition et qui ont été alertés
par les coups de feu, sans toutefois être témoins de
l'altercation, ainsi que
ceux de tous les policiers arrivés sur place pour accomplir les
tâches
suivantes: périmètre de sécurité,
protection de la scène, relevé des numéros de
plaques des automobiles, recherche de témoins dans les immeubles
et commerces
avoisinants, assisance aux blessés et aux ambulanciers,
etc. » Pelletier a
aussi reçu « le journal des activités
opérationnelles, tenu à tour de rôle
par quelques agents du SPVM [et qui] compile les tâches
réalisées par ces
agents dans les heures qui ont suivi le drame. » Il a
également résumé
dans son rapport les déclarations des témoins civils.
Le 1er
décembre et dans les jours suivants, Pelletier et ses
collègues ont enquêté sur
« l'emploi du temps de l'agresseur dans les heures
précédant
l'événement » (il parle d'Anas et non de
Bernier...). Des personnes
fréquentant la même mosquée qu'Anas auraient
été interrogées, de même que la
famille « qui a notamment autorisé l'examen de ses
effets
personnels. » Ils ont donc enquêté sur la
victime et non sur le vrai
agresseur!
Les fameuses
blessures de Bernier, plus de peur que de mal?
Après
l'altercation, Bernier fut transporté à l'hôpital.
Pelletier nota:
« l'agent Yannick Bernier est toujours hospitalisé et
on ne peut pas le
rencontrer. Il est donc convenu que le sergent-détective Rozon
du SPVM le
rencontrera et nous fera parvenir son rapport. »
Étrangement, ce n'est que
le 16 février 2006 qu'un photographe anonyme du SPVM aurait pris
neuf photos de
ses fameuses blessures au cou, à la cuisse et au molet, qui ont
été développées
par l'agent Michel Côté du service de l'identité
judiciaire du SPVQ.
Autre mystère,
Pelletier n'a annexé ni le rapport hospitalier ni le rapport du
médecin
traitant (le Dr. Paola) décrivant les blessures, alors que
Bernier a signé une
autorisation de demande de renseignements médicaux pour le SPVQ.
Au lieu de
cela, c'est un collègue de Bernier, le sergent-détective
Robert Claude du SPVM
(qui contrairement à Pelletier a eu le privilège de lui
rendre visite « en
présence de plusieurs de ses collègues » dont
le commandant du PdQ 25),
qui décrit ses blessures: « Lacération au cou
droit d'environ 4 cm par un
demi cm de profond et la marque rouge continue vers le bas du cou pour
plus ou
moins trois pouces sans coupure la partie profonde saigne. Une autre
lacération
au niveau derrière la jambe droite un peu plus haut du genou,
d'environ 2 cm.
Cette blessure est profonde et nécessite un point de pression
afin de retenir
le sang qui coule. Une 3e lacération au dessus de celle-ci
d'environ 1 cm
saigne aussi mais n'est pas profonde. » Notons que rien ne
prouve que ces
blessures sont dûes à un coup de couteau et qu'elles
pourraient avoir été
causées par la chute ou autre chose.
D'après le
rapport d'intervention d'Urgence-Santé cité par le
Commissaire Simard, les
blessures de Bernier consistent en « une lacération
au cou de plus ou
moins un pouce et demi, une ponction à la cuisse droite et au
mollet d'un demi
pouce, le sang étant arrêté par une pression
directe, une lacération mineure à
la joue gauche et à la lèvre supérieure. Le
patient, ajoute le rapport, se
souvient de tout et ne présente pas de déficit neuro
moteur ou autre traumatisme
apparent. »
Le journaliste
Henri Aubin a écrit qu'en 2006 une agente du PdQ 25 lui a
répondu en privé pour
dire que « l'agent impliqué avait été
blessé de façon beaucoup plus
substantielle que ce qui a été rendu public et qu'il
soufrait subséquemment de
cauchemard et de flashbacks. »(20) C'est un peu étonnant qu'il fasse des
cauchemards s'il n'a vraiment rien à se reprocher et s'il ne
présentait aucun
traumatisme apparent suite au drame, non?
La fameuse
cassette vidéo, un écran de fumée...
D'après le Commissaire
Simard, « sur l'édifice commercial situé de
l'autre côté de la rue [Kent],
deux caméras y sont fixées. Elles filment certains angles
pendant quelques
secondes et tournent pour changer d'angle. » Voici
d'après lui ce que
permet de voir la fameuse vidéo: « un individu
correspondant à la
description de M. Bennis, circuler sur cette rue à quelques
reprises, entre
6h43 et 7h00. Puis, à 7h18, apparaît une autopatrouille.
L'intimé Roy en sort
du côté conducteur et poursuit son chemin vers l'est
devant celle-ci. L'intimé
Bernier sort du côté passager et semble se diriger vers
l'ouest. Dès que
l'agent Roy s'est éloigné de son véhicule, de
quelques pas, l'individu qui
avance en leur direction le croise et rejoint l'intimé Bernier.
Dès ce moment,
l'intimé Roy se retourne prestement en leur direction et se
dirige en courant
vers eux. À ce moment, la caméra change d'angle. Puis
à 7h24, la caméra permet
d'apercevoir un policier au sol. »
Ce n'est que le
lendemain du drame qu'une copie de la cassette vidéo montrant
des images de la
scène, « préparée par le responsable de
la sécurité de l'entreprise [Bell]
où étaient fixées les caméras »,
a été remise aux enquêteurs du SPVQ.
Pourquoi pas le jour même? L'a-ton aidé à la
« préparer »? Quoi qu'il
en soit, cette vidéo ne permet pas de lever le voile sur ce qui
est réellement
arrivé, car elle ne montre pas la fameuse altercation.
Qui a dit que
l'Affaire Anas était classée?!
En mai 2007, des
membres de la Coalition Justice pour Anas étaient alléEs
poser des questions à
l'Hôtel de Ville de Montréal et des brochures
d'information ont été distribuées
aux personnes présentes, entre autres au président de la
Fraternité des
Policiers, Yves Francoeur. Quand celui-ci a vu de quoi il s'agissait,
il a vite
rendu la brochure au militant en disant: "Vous ne lisez pas les
journaux?
L'affaire est classée!" Ce n'était pas et n'est toujours
pas notre avis,
et ce, malgré le fait que les policiers aient été
blanchis jusqu'à maintenant.
Le fait que Bernier et Roy bénéficient de
l'impunité ne veut pas dire qu'ils
n'ont rien fait de mal en tuant Anas!
Une plainte
criminelle privée déposée par la famille Bennis
contre le policier ayant tué
Anas a elle aussi été rejetée en septembre 2007,
suite à une séance à
huis-clos.
Le 13 mars 2008,
la télévision de Radio-Canada a diffusé dans
l'émission Enquête un
reportage intitulé « Justice pour Anas »
qui portait sur cette
affaire. À la fin de l'émission, on a l'impression que
l'affaire est close. Ça
semble être l'intention des gens qui ont réalisé
cette émission que de mettre
cette idée dans la tête des gens ou du moins c'est
l'impression que beaucoup de
gens qui ont vu cette émission ont eu.(21) En fait, c'est loin d'être la
vérité, car de trop nombreuses questions demeurent encore
sans réponse.
Les questions
et les contradictions qui restent encore sans réponse à
ce jour
Les principales
questions qui demeurent, même avec les nouvelles informations
contenues dans la
décision du Commissaire Simard de la Déontologie
Policière, sont les suivantes:
Qu’est-il arrivé entre 6h30, quand Mohamed Anas a quitté
la prière du matin et
7h20, heure à laquelle il s’est fait tirer dessus? Pourquoi les
images vidéo de
l’incident n’ont-elles jamais été divulguées au
public? Pourquoi le Procureur
de la Couronne a-t-il refusé de donner une copie de sa
décision de ne pas
porter d’accusations envers les policiers à l’avocat de la
famille Bennis?
Pourquoi Jacques Dupuis a-t-il utilisé son pouvoir
discretionnaire pour refuser
la divulgation du rapport de police de Québec que le bureau du
coroner en chef
était prêt à communiquer? Pourquoi la police
affirme-t-elle qu'Anas a attaqué
l’agent avec un couteau et que personne n'est en mesure de
présenter le couteau
en question au public ou aux médias? Si la police a tiré
en légitime défense,
pourquoi l’autopsie et le rapport du pathogiste de la couronne
montrent-ils que
les balles ont été tirées de haut vers le bas et
à deux angles différents?(22)
À ces questions,
que l'on pose depuis trop longtemps déjà, viennent
s'ajouter de nouvelles crées
par les contradictions entre certains témoignages. Par exemple,
pourquoi le
couteau n'a-t-il pas été soumis à une expertise,
vu la controverse entourant ce
dossier? Aussi, pourquoi les policiers prétendent que les deux
coups de feu ont
été tirés « en moins d'une seconde
d'intervalle », alors que des
témoins civils parlent plutôt de 10 à 15 secondes?
Autre contradiction, par
rapport à l'altercation entre les policiers et Anas:
d'après une témoin civile
qui a vu la scène depuis sa fenêtre, l'agent Roy avait
déjà dégainé son arme
avant la chute au sol, les deux policiers ont tenté d'agriper
Anas et les trois
seraient tombés par terre. D'après son témoignage
résumé par Simard,
« l'un a le bas du corps sous l'individu et l'autre est
partiellement sur lui.
Elle déclare avoir entendu un coup de feu ''après qu'ils
eurent tous été sur le
sol.'' Tous trois continuent à bouger, puis elle a entendu au
moins un autre
coup de feu. »(23) Si
une chose est certaine, c'est que ce qui est
réellement arrivé le 1er décembre 2005 , ce n'est
pas clair du tout!
Une autre
contradiction majeure entre les témoignages policiers et civils,
qui pourrait
expliquer pourquoi les balles ont été tirées vers
le bas: les policiers
prétendent qu'Anas était debout et Bernier au sol quand
celui-ci a tiré, mais
une témoin civile qui était sur le même trottoir
qu'eux (donc qui était très
bien placée pour voir ce qui s'est passé) dit que le
policier « était
debout sur le trottoir et a tiré un coup de pistolet sur la
personne qui était
sur le sol ». Cette témoin a ensuite dit au
Commissaire Simard
« avoir perçu l'affaire comme étant un geste
gratuit de la part des
policiers qui ne semblaient pas en danger puisque l'individu
était au sol et
n'était pas dangereux »!!! Pourtant, Simard tente de
discréditer son
témoignage en affirmant que « les séquences de
l'altercation qu'elle
décrit son fort incomplètes. Cette personne ne s'est
manifestement pas attardée
à noter chacun des faits et gestes posés durant
l'altercation [contrairement
aux policiers qui ont préparé leur version des faits
ensemble!]. Elle n'a
entendu qu'un seul tir. Troublée par cette scène violente
[qui ne le serait
pas?], elle a aussitôt quitté en pleurant. »(24)
Un anachronisme
est ressorti du rapport final de Pelletier par rapport à la
déclaration de
Bernier, comme le note Simard: « Le 14 janvier 2006, le
sergent-détective
Rozon du SPVM m'a fait parvenir la copie du rapport signé par
l'agent Bernier
en date du 6 février 2006. Rapport annexé au dossier. Le
16 janvier 2006 vers
20h50, le sergent-détective Rozon me remet la copie du rapport
original signé
de Yannick Bernier. Nous rencontrons l'agent Bernier. Il est
accompagné de
l'avocat de la Fraternité des policiers. Il nous confirme son
rapport et nous
fait un complément... » Comme Pelletier a
refusé de collaborer avec la
Déontologie (et qu'il n'est pas obligé de le faire par la
loi), nous
n'avons pas d'explication sur ces dates
contradictoires.(25)
Finalement, le
fait que des agents du SPVM se soient eux-mêmes occupés
des éléments
fondamentaux de l'enquête pendant toute la journée du
drame nous laisse
perplexe. En effet, à quoi sert de confier l'enquête
à un autre corps de police
si les agents du SPVM se sont
« empressés » (comme le dit Simard) de
rencontrer les témoins civils et se sont occupés de
recueillir les principaux
éléments de preuve, soit le couteau et la vidéo?
Simard dit en effet que les
enquêteurs du SPVQ ont reçu le 1er
décembre 2005 « des
représentants du SPVM un compte rendu du travail
déjà effectué par les
policiers de Montréal, soit l'identification et la rencontre de
témoins, la
protection de la scène et le fait que des images ont
été capturées par des
caméras. » Ce n'est qu'à 17h35 que Pelletier,
le responsable officiel de
l'enquête du SPVQ, prendra en charge la scène, soit plus
de 10 heures après les
événements.(26)
Pourquoi avoir attendu aussi longtemps?
Pendant ce
temps, les agents du SPVM dont les agents Tan (matricule 5994),
Alamedine (mat.
2274) et Lessard (mat. 3518) ont recueilli des déclarations des
témoins civils.
On comprend que Simard prend la peine de noter qu'un des témoins
civils qui a
changé sa déclaration à la police
« confirme à l'enquêteur n'avoir subi
aucune pression pour apporter une nuance à sa première
déclaration. » Ce
témoin avait d'abord parlé d'une « arme
blanche » avant de préciser
qu'il s'agissait d'un couteau. Il aurait aussi vu un
« étui à
couteau », qui ne fait pourtant pas partie des pièces
à conviction du
dossier.(27)
Ça ne doit pas
être facile pour des civils de témoigner devant des
policiers qui viennent de
tuer un civil, surtout quand ils sont interrogés par leurs
collègues! En un
mot, le fait que les agents du SPVM aient rencontré les
témoins et récolté des
preuves enlève toute apparence d'impartialité à
l'enquête complétée (et
non pas menée) par le SPVQ.
En guise de
conclusion: la lutte pour la dignité continue!
Bref, l'enquête
publique devra répondre à toutes ces questions si elle
veut réellement remplir
son mandat de « faire toute la lumière sur les
circonstances du
décès », car loin d'être une affaire
classée comme le voudraient
certainEs, l'affaire Anas semble se compliquer
et exiger des réponses. Pour citer la Coalition Justice pour
Anas:
« l'absence flagrante de transparence qui a
caractérisé le semblant
d'enquête qui a eu lieu jusqu'à présent doit
être totalement absente de
l'enquête qui sera menée par la coroner Catherine
Rudel-Tessier. L'enquête
annoncée doit être entièrement publique, exhaustive
et indépendante. »
Sinon, elle serait en effet un « gaspillage de fonds
publics », pour
citer le président de la Fraternité des policiers de
Montréal...
Notons que
Rudel-Tessier a été nommée coroner par le Conseil
des Ministres le 21 juin 2000
alors qu'elle était régisseure à la Régie
de l'énergie.(28) Elle a
notamment
enquêté sur les morts de Terry Lalo, un Innu de 16 ans
mort après s'être fait
frapper par une voiture de la SQ qui le poursuivait,
soupçonné d'avoir volé des
bières le 14 avril 2002 à Sept-Îles et de
Jean-François Bergeron, mort le 8
avril 2003 à Rawdon après que l'agent Hugo Potvin de la
SQ ait
« intercepté » par en avant le VTT sur
lequel il prenait place. Dans
le cas Lalo, Rudel-Tessier avait reproché à l'agent
Richard Turgeon d'avoir
« manqué de jugement » en poursuivant
Lalo. Turgeon a dit qu'il avait
une vieille blessure au dos et qu'il était trop gros pour
poursuivre Lalo à
pied...(29) La coroner avait aussi
blâmé le directeur du poste de la SQ à
Rawdon qui n'avait toujours pas interdit à ses agents
d'intercepter des
véhicules par en avant.(30)
Quant aux recommandations
que la coroner Catherine Rudel-Tessier pourrait faire « pour
une meilleure
protection de la vie humaine » dans l'affaire Anas,
espérons qu'elles
seront sérieuses et qu'elles seront appliquées notamment
pour limiter la façon
dont les agents du SPVM se servent de leurs revolvers, tirant souvent
plus
d'une balle avant de (se) poser des questions...
Cette enquête
pourrait nous aider à enfin faire la vérité sur ce
qui s'est passé le 1er
décembre 2005 à Côte-des-Neiges. Une
éventuelle poursuite au civil pourrait
rétablir un petit peu la balance pour ce qui est de la justice
pour la famille.
Quelques jours
seulement après l'annonce de l'enquête publique pour Anas,
le gouvernement
annonçait qu'aucune accusation ne serait déposée
contre les policiers qui ont
tué Quilem Registre en lui donnant au moins six décharges
électriques de taser
en octobre 2007 à St-Michel.(31) Ce qui confirme
que nous devons rester vigilantEs et continuer de lutter contre la
brutalité
policière et l'impunité, ainsi que contre ce
système qui traite les victimes en
agresseurs et les assassins en victimes!
PAS
DE PAIX SANS JUSTICE!
Communiqué
du Collectif Opposé à la Brutalité
Policière (COBP)
(514)
395-9691 - cobp@hotmail.com - http://cobp-mtl.athcx
POUR PLUS
D'INFORMATIONS:
Coalition
Justice pour Anas: www.justicepouranas.org
Collectif Opposé
à la Brutalité Policière (COBP):
http://cobp-mtl.ath.cx
Voir en particulier les
communiqués
précédants du COBP sur l'Affaire Anas:
-"Affaire Mohamed Anas: Un policier
tue un jeune marocain à Côte-Des-Neiges", 5 janvier 2006,
http://www.cmaq.net/fr/node/23288
-"Affaire Mohamed Anas Bennis, 11 mois
plus tard: Aucune accusation contre les policiers assassins Bernier et
Roy,
toujours aucune réponse à toutes les questions...", 13
novembre 2006,
http://www.cmaq.net/fr/node/26019
Notes:
(1) " Enquête publique sur le
décès de
M. Mohamed-Anas Bennis",
http://communiques.gouv.qc.ca/gouvqc/communiques/GPQF/Juin2008/03/c7888.html
[retourner au texte]
(2) "Affaire Mohamed Anas: Un
policier
tue un jeune marocain à Côte-Des-Neiges",
Communiqué du COBP, 5 janvier
2006, http://www.cmaq.net/fr/node/23288
[retourner au texte]
(3) "Affaire Mohamed Anas Bennis,
11
mois plus tard: Aucune accusation contre les policiers assassins
Bernier et
Roy, toujours aucune réponse à toutes les questions...",
Communiqué du
COBP,13 novembre 2006, http://www.cmaq.net/fr/node/26019
[retourner au texte]
(4) "Compte-rendu de la
10ième
manifestation contre la brutalité policière à
Montréal", Communiqué du
COBP, 21 mars 2006, http://www.cmaq.net/node/23971
[retourner au texte]
(5) Voir un reportage-photo des 2
vigiles:
http://photos.cmaq.net/main.php?g2_itemId=1052
[retourner au texte]
(6) "Compte-rendu de la 11e
manifestation contre la brutalité policière à
Montréal", Communiqué du
COBP, 21 mars 2007, http://www.cmaq.net/node/27020
[retourner au texte]
(7) Voir le site internet de la
Coalition
Justice pour Anas: www.justicepouranas.org
[retourner
au texte]
(8) "Libre opinion - La famille de
Mohamed Anas Bennis demande justice", Khadija Bennis, Le Devoir, 4-5
août
2007, http://www.ledevoir.com/2007/08/04/152377.html
[retourner au texte]
(9)
"It's wrong to have police investigating police shootings", Henry
Aubin, The Gazette, Thursday, July 26 2007,
http://www.canada.com/montrealgazette/news/editorial/story.html?id=677895b9-aad6-4895-ade1-1ae7f67ebae7
[retourner au texte]
(10)
"We deserve to know why police shot Bennis", The Gazette, Friday,
July 27 2007, http://www.canada.com/montrealgazette/news/editorial/story.html?id=3c2bd57a-495f-4b98-b94e-a84f386032f3
[retourner au texte]
(11)"Affaire Anas Bennis:
Claude Dauphin s’en lave les mains", Richard
Bergeron, 8 mars
2007, http://www.projetmontreal.org/documents/pdf/2007-02-22_Bennis_Dauphin.pdf
[retourner au texte]
(12) "Police
frustrated by inability to speak up about probe: Secretive system
forbids them
from discussing inquiry into case of man killed by cops in '05",
Michelle
Lalonde, The Gazette, Friday, July 27 2007,
http://www.canada.com/montrealgazette/news/story.html?id=d689beea-a619-4404-8ec4-7328b38806ad&k=87532
[retourner au texte]
(13) " Compte-rendu du 15 mars 2008, 12ième
manif contre la brutalité policière à
Montréal", Communiqué du COBP, 19
mars 2008, http://www.cmaq.net/node/29491
[retourner au texte]
(14) "Family of Montreal man killed by police still
awaiting answers: Says
it's ready to sue police to get them", CBC News, Friday, May 16, 2008,
http://www.cbc.ca/canada/montreal/story/2008/05/16/qc-mohammedbennis0516.html
[retourner au texte]
(15) "Le Bureau du coroner ordonne une
enquête", Martin Croteau, La Presse, 4 juin 2008,
http://www.cyberpresse.ca/article/20080604/CPACTUALITES/806040765/1019/CPACTUALITES
[retourner au texte]
(16)
"Coroner, Mort de Mohamed Bennis: Enquête publique", Fabrice de
Pierrebourg, Le Journal de Montréal, 4 juin 2008, http://www2.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2008/06/20080604-093701.html
[retourner au texte]
(17) "Bilan des
grouinements de la Fraternité des Policiers et Policières
de Montréal en 2007: Des cris pour plus de liberté pour
les flics racistes,
moins pour nous et surtout plus d’impunité!", 8 janvier 2008,
Communiqué
du COBP (presque censuré aussi!), http://www.cmaq.net/fr/node/28919
[retourner au texte]
(18) "Le COBP réplique au
syndicat des
flics suite à la censure de sa brochure sur 40 bavures",
Communiqué du
COBP, 6 septembre 2007, http://www.cmaq.net/node/28086
(La brochure censurée
intitulée "D'Anthony Griffin à Mohamed Anas Bennis: 40
personnes tuées par
la police de Montréal en 20 ans (1987-2006)" est toujours
disponible sur
le site du COBP, mais peut-être pas pour longtemps alors
dépêchez-vous de la
downloader et de la lire!)
[retourner au texte]
(19) Toutes ces informations sont
tirées de
la décision du Commissaire à la Déontologie Claude
Simard dans le dossier
06-1053, signée le 21 avril 2008 à Québec, qui est
disponible sur le site de la
Coalition Justice pour Anas dans la section "Coupures de presse" en
date du 21 avril 2008, www.justicepouranas.org
[retourner au texte]
(20) Henry Aubin, voir note (9).
[retourner au texte]
(21) "Justice pour Anas",
Madeleine Roy (journaliste) et Mireille Ledoux (réalisatrice),
Émission
'Enquête' à Radio-Canada, 13 mars 2008, http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/enquete/archive209_200803.shtml#
[retourner au texte]
(22) Coalition Justice pour Anas, www.justicepouranas.org
[retourner au texte]
(23) Décision du
Commissaire à la Déontologie Policière Claude
Simard, voir note (19).
[retourner au texte]
(24) Idem.
[retourner au texte]
(25) Idem.
[retourner au texte]
(26) Idem.
[retourner au texte]
(27) Idem.
[retourner au texte]
(28)
"Nominations du Conseil des Ministres", 21 juin 2000,
http://www.premier-ministre.gouv.qc.ca/salle-de-presse/communiques/2000/juin/2000-06-21.shtml
[retourner au texte]
(29) "Mort d’un Innu à Sept-Îles : le
coroner blâme un policier
de la SQ", Le Journal de Montréal, 20 janvier 2004; et "Des
conclusions difficiles pour la SQ", Métro, 20 janvier 2004.
[retourner au texte]
(30) "Rapport d'enquête sur le décès de M.
Jean-François Bergeron Québec", le 3 avril 2007,
http://www.msp.gouv.qc.ca/coroner/communiques/communique.asp?txtparam=2&c=1369&theme=coroner
[retourner au texte]
(31) Voir le blog
"Truth... Not Tasers" (en anglais),
http://truthnottasers.blogspot.com/ et le texte du COBP "Attention, la police torture et tue avec les Tasers!
C'est arrivé
près de chez vous...",
http://www.cmaq.net/node/28819
[retourner au texte]