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Affaire Bennis - L'enquête du coroner débute sur fond d'amertume

Source: Le Devoir
27 avril 2011

L'enquête publique du coroner sur la mort de Mohamed Anas Bennis débute aujourd'hui sur un fond d'amertume. La famille du défunt boycottera ces audiences, qu'elle a pourtant réclamées maintes fois.

Mohamed Bennis, dont le fils a été abattu par un policier de Montréal le 1er décembre 2005, a confirmé hier qu'il ne participera pas aux travaux, en raison du refus du ministère de la Sécurité publique d'assumer ses frais d'avocat.

M. Bennis a consacré de 15 000 $ à 20 000 $ à la cause jusqu'à présent, principalement dans le cadre des procédures entreprises par la Ville de Montréal et la Fraternité des policiers pour empêcher la tenue de l'enquête.

«Je n'ai pas les moyens d'entamer des procédures, ni la formation juridique», a commenté M. Bennis. Pour ajouter à son désarroi, la coroner Catherine Rudel-Tessier a refusé de reconnaître la Coalition justice pour Anas comme partie intéressée dans cette affaire, en raison de son manque d'expertise.

«Cette enquête publique va se dérouler sans le public», a lancé le porte-parole de la coalition, Samir Shaheen-Hussain.

Incohérences

Le clan Bennis a reçu l'appui de la Ligue des droits et libertés. Son porte-parole, Philippe Robert de Massy, a dénoncé les incohérences des enquêtes «de la police sur la police» dans les cas de mort d'homme. «On n'arrive jamais à savoir ce qui s'est passé. On n'a toujours pas d'enquête indépendante», a-t-il déploré.

Aucune accusation n'a été portée contre les deux agents du Service de police de Montréal (SPVM) mis en cause dans la mort de Mohamed Anas Bennis. Le jeune homme a été abattu de deux balles par le policier Yannick Bernier, qui a évoqué la légitime défense. Au moins un témoin civil a affirmé qu'il avait vu Bennis foncer sur l'agent Bernier avec un couteau.

L'arme a été retrouvée sur les lieux du drame, rue Kent, dans le quartier Côte-des-Neiges. Des photos de l'agent Bernier, prises plusieurs jours (sinon des semaines) après les événements, montrent qu'il a une importante cicatrice au cou.

L'avocat de la famille Bennis, Alain Arsenault, a soulevé quelques interrogations sur l'enquête qui a permis de blanchir les policiers. D'abord, le témoin civil n'a pas mentionné d'attaque au couteau dans sa première déclaration aux policiers de Montréal. C'est seulement le lendemain qu'il l'a précisée aux enquêteurs de Québec, responsables du dossier en vertu de l'application de la politique ministérielle.

Ensuite, ce couteau n'a fait l'objet d'aucune expertise dans le but de trouver des empreintes digitales ou des traces d'ADN.

Près de six ans après les faits, Mohamed Bennis n'arrive toujours pas à concevoir que son fils ait pu attaquer des policiers de la sorte.